Physiothérapeute

La gestion des commotions cérébrales est un concept en constante évolution depuis les dernières années. À ce jour, le repos physique et mental est décrit comme un élément clé dans le traitement des commotions cérébrales dans la période suivant immédiatement la blessure, soit la phase aigüe (1). Durant cette phase, il est généralement reconnu que l’activité excessive prolonge le temps nécessaire à la récupération d’où l’importance de suivre la progression du protocole de retour au jeu (2). La phase aigüe varie en durée selon plusieurs facteurs dont l’âge, le sexe et les antécédents de commotion cérébrale.

Une approche différente pour le syndrome post commotionnel
Cliniquement, le repos physique et mental a longtemps et est encore parfois recommandé pour les syndromes post-commotionnels (PCS), soit les commotions cérébrales présentant des symptômes persistants plusieurs semaines voire des mois (3). Toutefois, de récentes études montrent que l’inactivité pourrait affecter négativement la récupération des commotions en favorisant l’anxiété, la dépression et la perte de confiance en soi chez les athlètes (2). Selon Leddy et coll. (2013), l’exercice aérobie permettrait entre autres de diminuer les dysfonctions relatives à la commotion cérébrale. D’abord, l’exercice pourrait restaurer l’équilibre au niveau du système nerveux autonome entre autre par la stabilisation du rythme cardiaque et pourrait aussi améliorer l’apport de sang au cerveau (4). Dans cette étude, les sujets qui présentaient un syndrome post commotionnel s’entrainaient à 80% de leur fréquence cardiaque maximale évaluée lors d’un test sur tapis roulant. L’entrainement (20 minutes par jour, 6 fois par semaine) était contrôlé par la mesure de la fréquence cardiaque et des symptômes commotionnels. Lors de l’évaluation des capacités cardiovasculaires sur tapis roulant, les sujets ayant participé à un programme aérobie pouvaient atteindre leur fréquence cardiaque maximale sans augmenter leurs symptômes alors que le groupe ayant participé à un programme d’entrainement léger (40-50% de la fréquence cardiaque maximale) n’y arrivait pas. Une autre étude a présenté des résultats similaires indiquant qu’il était sécuritaire pour les adultes avec PCS de faire de l’exercice jusqu’à 74% de leur fréquence cardiaque maximale (5). Les résultats de cette étude arrivent aux mêmes conclusions que la précédente : l’exercice aérobie améliore les symptômes commotionnels, la condition physique générale et le fonctionnement du système nerveux autonome lors de l’exercice.

En bref, la durée optimale du repos physique et mental permettant une bonne récupération dans la phase aigue suivant la commotion reste incertaine et dépend de plusieurs facteurs. Toutefois, l’exercice physique aérobie supervisé et contrôlé par un professionnel de la santé pourrait être une avenue de traitement intéressante pour les athlètes présentant des symptômes persistants dans le temps. Comme chaque commotion cérébrale est unique ainsi que chaque athlète qui la subit, il est important de toujours consulter un professionnel de la santé avec des compétences à jour dans la prise en charge et la gestion des commotions pour retourner à l’activité de façon sécuritaire.

Écrit par Ève Poisson, Physiothérapeute

Références:
1. McCrory P. et coll. (2013) Consensus statement on concussion in sports V the 4th International Conference on Concussion in Sport held in Zurich, November 2012. J Athl Train, 48(4); 554-575.
2. Howell D.R. et coll (2016) Physical Activity Level and Symptom Duration Are Not Associated After Concussion. The American Journal of Sports Medicine, 44(4); 1040-1046.
3. Jotwani V. et Harmon K.G. (2010) Postconcussion syndrome in athletes. Curr. Sports Med. Rep, 9(1); 21-26.
4. Leddy J.J. et coll. (2013) Exercise Treatment for Postconcussion Syndrome: A Pilot Study of Changes in Functional Magnetic Resonance Imaging Activation, Physiology and Symptoms. J Head Trauma Rehabil, 28(4); 241–249.
5. Leddy J.J. et Willer B. (2013) Use of Graded Exercise Testing in Concussion and Return-to-Activity Management. Curr. Sports Med. Rep, 12(6); 370-276.

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