Comment entraîner la coordination oeil-main ?

Biomécanicien

Dans un article précédant, la coordination œil-main a été décrite comme une habileté motrice essentielle à une bonne performance à la position de gardien de but. La compréhension de cette qualité physique nous permet maintenant de saisir ce qui favorisera son amélioration. Les entraîneurs se laissant souvent prendre au jeu de l’innovation et de la recherche de clics dans leurs médias sociaux, cet article vise à donner des lignes directrices quant à la conception d’exercices spécifiques aux gardiens de but qui seront réellement utiles pour la coordination œil-main.

Premièrement, il existe différents récepteurs à l’intérieur de l’œil, les cônes et les bâtonnets. Les cônes sont les plus importants, car ils sont situés principalement au milieu de la rétine et ils possèdent une plus grande précision de détection(2). Ils utilisent principalement la détection des formes et des couleurs pour localiser les objets dans l’espace. Ces récepteurs sont donc activés différemment en fonction de la couleur des objets à localiser(4). Afin d’avoir un entraînement transférable, il faut donc que la forme et la couleur de l’objet avec lequel la pratique est effectuée ressemble le plus possible à ce qui est utilisé en situation de match(3).

Un autre élément à considérer est la trajectoire avec laquelle l’objet à localiser se déplace. L’œil transmet des informations qui permettent au cerveau de prévoir la cible à atteindre afin d’envoyer une commande motrice pour le mouvement de la main. L’entraînement de la coordination œil-main ne passe donc pas seulement par le simple fait d’attraper un objet, mais bien par la détection de la trajectoire de celui-ci et par l’adaptation de la commande motrice de réponse(5).

Ensuite, la répétition de ce processus à vitesse lente ou modérée ne permet pas de créer une stimulation nécessaire à la création d’amélioration. La progression de la performance vient à la suite d’une exposition qui défi le gardien. Il doit donc être confronté à une vitesse de déplacement égale ou plus rapide que ce à quoi il est habitué sur la patinoire afin de favoriser le travail de sa capacité de localisation et de mouvement par rapport à l’objet à attraper.(1)

En somme, afin d’avoir un entraînement de la coordination œil-main qui permettra au gardien de but de réellement s’améliorer, il faut que l’exercice soit effectué avec un objet de couleur et de forme représentative, que la trajectoire de l’objet soit similaire à celle perçue dans les parties et il faut que la vitesse de l’objet soit égale ou supérieure à ce à quoi le gardien est normalement confronté.

L’entraînement avec des balles de tennis
Les balles de tennis sont depuis longtemps un item prisé par les entraîneurs de gardiens de but pour l’amélioration de la coordination œil-main. Cependant, à la lumière des informations présentées dans cet article, on peut grandement remettre en question cette utilisation. Les balles de tennis ne sont pas représentatives au niveau de leur forme et de leur couleur en plus de rarement suivre des trajectoires caractéristiques. Au hockey, les trajectoires sont majoritairement montantes, ce qui est beaucoup plus variable avec des balles rebondissantes. La vitesse varie aussi beaucoup entre les lancers de rondelle et de balles de tennis.

De surcroît, les adaptations sont presque impossibles lorsque le lancer de la balle est autoinitié par le gardien lui-même (exemple : lancer la balle sur un mur devant). En effectuant le lancer, le gardien sait inconsciemment la trajectoire de l’objet à attraper aura après avoir frappé le mûr(1). S’il réussit à se déjouer sur le premier essai, cela ne pourra pas se reproduire par la suite, car le cerveau connaît maintenant cette possibilité(5).

En conclusion, il est très difficile de créer de bons exercices qui permettront de réelles améliorations de la coordination œil-main. Malgré les centaines de vidéos plus innovateurs les uns que les autres que vous verrez sur internet, il en existe très peu qui sont assez spécifiques pour reproduire ce qui se passe sur la patinoire face à un adversaire. Toutefois, les jeux avec balles de tennis demeurent très pertinents pour le développement de la coordination œil-main comme fondement moteur de base chez les jeunes, il faut seulement être plus conservateur dans les vertus qu’on a tendance à leur attribuer.

Écrit par Léandre Gagné Lemieux, M.Sc. kinésiologie

Références
1. Abernathy B (1991) Do generalize visual training really work? 
2. Goldberg M (2000) The control of gaze. In: Krandel ER, Schwartz T, Jessel M. Principles on neural science, New York, Elsevier, p.782-800.
3. Goodale MA et Milner AD (1992) Separate visual pathways for perception and action. Trends in Neurosciences 15(1):20-25.
4. Paillard J (1996) Fast and slow feeback loops for the visual correction of spacial errors in a pointing task: a reappraisal. Can J Physiol Pharmacol 74(4):401-417.
5. Schmidt RA et Lee TD (2005) Motor control and learning: A behavioral emphasis. Champaign, Human Kinetics.

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