Mise en échec: qui a raison ?

Physiothérapeute du sport

L’âge optimal pour l’introduction de la mise en échec au hockey a toujours été un sujet controversé(1). Dans les dernières années, des changements au niveau de la réglementation ont été apporté à travers le Canada. En effet, Hockey Canada a pris position et a interdit la mise en échec au niveau Pee-wee en 2013, soit 2 ans après les États-Unis et pas moins de 27 ans après la province de Québec. Dernièrement, Hockey Québec a pour sa part décidé de réserver le contact pour les joueurs élites uniquement. La ligue de hockey préparatoire scolaire (LHPS) voulait permettre à ses joueurs de jouer avec la mise en échec à partir de 13 ans, mais le gouvernement du Québec leur a demandé de réintégrer Hockey Québec. Ainsi, le gouvernement leur demandé de suivre la réglementation et interdire la mise en échec. Plusieurs ne sont pas d’accord avec la nouvelle réglementation de Hockey Québec et d’autres s’indignent que les règlements de la LHPS soient dictés par Hockey Québec.

L’opinion publique concernant les mises en échec au hockey est souvent basée sur des anecdotes plutôt que des évidences et sur la tradition du hockey plutôt que l’intérêt et la sécurité des joueurs. De plus, les médias envoient un message contradictoire à la population en faisant la promotion du jeu sécuritaire et la prévention des commotions cérébrales d’une part et en valorisant les mises en échec violentes d’autre part(2). À la base, la mise en échec est une tactique défensive qui vise à récupérer le contrôle de la rondelle en projetant son corps vers l’adversaire pour le séparer de la rondelle(1) et elle ne devrait pas être utilisée pour blesser ou intimider un adversaire(6).

Radio-Canada publiait dernièrement un article s’intitulant: «Commotions cérébrales; le hockey sans mises en échec serait presque aussi risqué?». Les conclusions basées sur les statistiques préliminaires d’une étude qui se déroule actuellement aux États-Unis sont beaucoup trop simplistes. Les chercheurs ont comparé une cohorte féminine à une cohorte masculine alors qu’il est démontré dans la littérature que le diagnostique de commotion cérébrale est plus fréquent chez les femmes que les hommes pour différentes raisons (14). Il faut être prudent lors de la lecture de certains articles et c’est pourquoi SciencePerfo vous offre les dernières évidences scientifiques disponibles concernant l’impact de l’utilisation de la mise en échec au hockey.

Pee-wee de l’Alberta (mise en échec permise) VS Pee-wee de l’Ontario (première année que la mise en échec est interdite) 2011-2012. (1)

  • 3 X plus de blessures pour les joueurs Pee-wee lorsque la mise en échec est permise
  • 3 X plus de commotions cérébrales pour les joueurs Pee-wee lorsque la mise en échec est permise
  • La mise en échec est le mécanisme de blessure le plus fréquent pour les joueurs Pee-wee lorsque la mise en échec est permise

Pee-wee de l’Alberta (mise en échec permise) VS Pee-wee du Québec ( plus de 20 ans après que la mise en échec a été interdit) 2007-2008 (3)

  • 3 X plus de blessures pour les joueurs Pee-wee lorsque la mise en échec est permise
  • 4 x plus de commotions cérérales pour les joueurs Pee-wee lorsque la mise en échec est permise
  • La mise en échec est le mécanisme de blessure le plus fréquent pour les joueurs Pee-wee lorsque la mise en échec est permise
  • 2.5 X plus de coûts reliés aux soins de santé pour les joueurs Pee-wee lorsque la mise en échec est permise (5)

Bantam de l’Alberta (mise en échec permise Pee-wee et Bantam) VS Bantam du Québec (Mise en échec introduite au niveau Bantam) 2008-2009 (4)

  • 1.5 fois plus de blessures chez les joueurs bantam exposés à la mise en échec pour la première fois
  • L’incidence des blessures et des commotions est la même lors de l’année d’introduction de la mise en échec, que ce soit au niveau Pee-wee ou Bantam
  • Les antécédents de blessures augmentent le risque de subir une blessure.
  • Les antécédents de commotions cérébrales augmentent le risque de subir une commotion

La politique voulant retarder la mise en échec au niveau Bantam avait trois buts(2) :

  • De permettre aux joueurs d’acquérir et de développer des habiletés fondamentales au hockey pour deux années supplémentaires sans la distraction qu’apporte la mise en échec. On parle d’habiletés tel que : le patin, le contrôle de la rondelle, les passes et les lancés.
  • Offrir aux jeunes l’environnement le plus sécuritaire pour jouer.
  • Permettre aux joueurs deux années supplémentaires pour apprendre et développer des habiletés techniques pour mettre un joueur en échec.

L’intégration de ses évidences scientifiques est un défi. Chez les chercheurs, il y a un consensus unanime que la mise en échec ne devrait pas être introduite avant l’âge de 13 ans et qu’elle devrait être réservée aux joueurs élites(2). Certains chercheurs, connaissant l’impact négatif des coups répétés à la tête sur le cerveau(7,8,9,10), suggèrent une approche plus conservatrice et repousseraient le tout à 16 ans et plus(6). De plus, d’autres évidences laissent croire que l’utilisation de la mise en échec amènerait plus d’agressivité chez les joueurs ainsi qu’une attitude qui favorise la violence dans le sport(11,12,13).

Bref, les dernières décisions de Hockey Québec vont dans le même sens que les évidences scientifiques disponibles à l’heure actuelle. Pour sa part, la LHPS se sent menotté par la réglementation, elle qui aimerait attirer l’élite dans ses rangs. Il s’agit d’un sujet controversé que nous suivrons attentivement dans les prochains mois. Ce n’est seulement que dans quelques années qu’il sera possible de mesurer tous les impacts de ses changements sur le Hockey au Québec.

Écrit par Maxime Provencher, M. Physiothérapie

Références :
1.Black AM, Macpherson AK, Hagel BE, Romiti MA, Palacios-Derflingher L, Kang J, Meeuwisse WH, Emery CA. Policy change eliminating body checking in non-elite ice hockey leads to a threefold reduction in injury and concussion risk in 11- and 12-year-old players. Br J Sports Med. 2016 Jan;50(1):55-61
2. CD, Meeuwisse WH, Emery CA. Informing body checking policy in youth ice hockey in Canada: a discussion meeting with researchers and community stakeholders.Can J Public Health. 2014 Nov 5;105(6):e445-9
3. Emery CA, Kang J, Shrier I, Goulet C, Hagel BE, Benson BW, Nettel-Aguirre A, McAllister JR, Hamilton GM, Meeuwisse WH. Risk of injury associated with body checking among youth ice hockey players.JAMA. 2010 Jun 9;303(22):2265-72
4. Emery C, Kang J, Shrier I, Goulet C, Hagel B, Benson B, Nettel-Aguirre A, McAllister J, MeeuwisseW.Risk of injury associated with bodychecking experience among youth hockey players. CMAJ. 2011 Aug 9;183(11):1249-56.
5. Lacny S, Marshall DA, Currie G, Kulin NA, Meeuwisse WH, Kang J, Emery CA. Reality check: the cost-effectiveness of removing body checking from youth ice hockey.Br J Sports Med. 2014 Sep;48(17):1299-305
6. Council on Sports Medicine and Fitness, Brooks A, Loud KJ, Brenner JS, Demorest RA, Halstead ME, Kelly AK, Koutures CG, LaBella CR, LaBotz M, Martin SS, Moffatt K. Reducing injury risk from body checking in boys’ youth ice hockey.Pediatrics. 2014 Jun;133(6):1151-7
7. McAllister TW, Flashman LA, Maerlender A, Greenwald RM, Beckwith JG, Tosteson TD, Crisco JJ, Brolinson PG, Duma SM, Duhaime AC, Grove MR, Turco JH. Cognitive effects of one season of head impacts in a cohort of collegiate contact sport athletes. Neurology. 2012 May 29;78(22):1777-84
8. Stern RA, Riley DO, Daneshvar DH, Nowinski CJ, Cantu RC, McKee AC. Long-term consequences of repetitive brain trauma: chronic traumatic encephalopathy. PM & R : the journal of injury, function, and rehabilitation. 2011;3(10 Suppl 2):S460-7
9. Broglio SP, Eckner JT, Paulson HL, Kutcher JS. Cognitive Decline and Aging: The Role of Concussive and Subconcussive Impacts. Exerc Sport Sci Rev. 2012;40(3):138-44.
10. Talavage TM, Nauman EA, Breedlove EL, Yoruk U, Dye AE, Morigaki KE, et al. Functionally-Detected Cognitive Impairment in High School Football Players Without Clinically-Diagnosed Concussion. Journal of neurotrauma. 2013.
11. Emery CA, McKay CD, Campbell TS, Peters AN. Examining attitudes toward body checking, levels of emotional empathy, and levels of aggression in body checking and non-body checking youth hockey leagues. Clin J Sport Med. 2009;19(3):207–215
12. Mihalik JP, Greenwald RM, Blackburn JT, Cantu RC, Marshall SW, Guskiewicz KM. Effect of infraction type on head impact severity in youth ice hockey. Med Sci Sports Exerc. 2010;42(8):1431–1438
13. Malenfant S, Goulet C, Nadeau L, Hamel D, Emery CA. The incidence of behaviours associated with body checking among youth ice hockey players. J Sci Med Sport. 2012; 15(5):463–467
14.Covassin T, Elbin RJ, Crutcher B, Burkhart S. The management of sport-related concussion: considerations for male and female athletes. Transl Stroke Res. 2013 Aug;4(4):420-4

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