Musculation avant la puberté: Est-ce vraiment dangereux ?

Biomécanicien du sport

La musculation est souvent déconseillée aux adolescents qui n’ont pas atteint la puberté. Les principales raisons évoquées sont les troubles possibles sur le développement normal et la croissance osseuse ou encore l’impossibilité d’augmenter la force de façon significative chez les jeunes. Voyons ensemble ce que la science dit sur ces arguments.

Tout d’abord, la formation de l’os dépend de trois facteurs : les hormones, la nutrition et la mise en charge du squelette. Bien qu’on ne puisse pas faire grand-chose sur le développement hormonal et que la nutrition aie un impact limité, la mise en charge, soit l’utilisation de poids externes lors d’exercices de musculation, est souvent remise en question pour les jeunes athlètes. Quoi qu’il en soit, le stress mécanique associé à une mise en charge des os chez les adolescents résultent en une augmentation de la minéralisation et de la densité osseuse [1]. D’ailleurs, une étude portant sur la composition corporelle de jeunes haltérophiles montre qu’ils ont une densité osseuse plus élevée que la moyenne des jeunes de leur âge [2]. La musculation pourrait donc contribuer à diminuer le risque de fractures et autres blessures traumatiques. Pour ce qui est de l’argument proposant que la musculation freine la poussée de croissance, il s’agit en fait d’un mythe. L’Académie Américaine de Pédiatrie (2008) ainsi que de nombreuses autres études le confirment [3].

Ensuite, certaines personnes mentionnent qu’il est impossible d’augmenter la force chez un individu n’ayant pas atteint sa puberté. Il est vrai que sans les hormones associées à la puberté, il est difficile, voir impossible, d’obtenir un changement physique apparent au niveau musculaire. Cependant, l’augmentation de la grosseur des muscles n’est pas le seul élément permettant une augmentation de la force. Chez les débutants en musculation, les gains les plus importants en force se font principalement aux niveaux de la synchronisation musculaire et de leur activation par le cerveau. L’utilisation de charges permet aux adolescents d’apprendre à forcer. Ils développent ainsi des patrons moteurs plus efficaces qui leur permettent d’être plus forts sans changement physique apparent [4].

Finalement, l’objectif d’un entraînement en musculation chez les adolescents devrait être orienté vers la qualité gestuelle plutôt que vers l’augmentation de la charge de travail. Il ne faut surtout pas négliger le plaisir qui devrait être partie intégrante de tout entraînement avec de jeunes athlètes. La considération de ses facteurs permettra un développement progressif en respectant le stade de développement physique du joueur. L’encadrement des entraînements par des kinésiologues qualifiés demeure donc la clé du succès dans l’entraînement des adolescents.

Écrit par Léandre Gagné Lemieux, M.Sc Kinésiologie

Références
1. ACSM’S Health & fitness Journal, Vol. 5, no.5.
2. Virvidakis K, Georgiou E, Kokotsidis A, Ntalles K, Proukakis C. (1990) Int J Sports Med 11(3):244-246.
3. Blimkie CJ (1993) Resistance training during preadolescence. Issues and controversies. Sports Med. 15(6):389-407.
4. Ramsay JA, Bimlkie CJ, Smith K, Garner S, MacDougall JD, et al. (1990) Strenght training effects in prepubescent boys. Med Sci Sports Exercise. 22:605-614.

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