Est-ce que la diète cétogène et le jeûne intermittent permettent une perte de poids sécuritaire et durable ?

Marie-Pier St-Onge

Étudiante en nutrition

Lors d’un midi-conférence de la Clinique du PEPS, avait lieu une présentation portant sur la diète cétogène et le jeûne intermittent. Celle-ci était présentée par Marie-Pier St-Onge, stagiaire finissante au baccalauréat en nutrition de l’Université Laval sous la supervision de Mme Vicky Drapeau nutritionniste et professeure au Département d’Éducation Physique. Au cours de son stage de 5 semaines, Marie-Pier a ratissé la littérature afin de faire la lumière sur les effets de la diète cétogène et du jeûne intermittent.

La diète cétogène : C’est quoi ?

La diète cétogène est une diète où les apports en glucides doivent être de moins de 50 g par jour. Pour y arriver, les sucreries et les boissons sucrées, mais aussi la majorité des fruits et légumes et tous les produits céréaliers sont exclus de l’alimentation. Cet apport en glucides est très faible comparativement au modèle d’alimentation proposé par le Guide alimentaire canadien où les légumes et fruits et les grains entiers occupent une place importante. À titre d’exemple, une banane avec 180 ml (¾ de tasse) de yogourt grec aux fruits totalise environ 30 g de glucides, ce qui laisse un très petit budget de glucides pour les trois repas de la journée sous la diète cétogène.

La diète cétogène : Ça fonctionne comment?

Une faible consommation de glucides entraine le corps dans un état de cétose. Cet état est plus précisément causé par l’augmentation de la concentration de corps cétoniques sanguins produits par la dégradation des acides gras qui deviennent ainsi la source principale d’énergie lors de cette diète. Au début, on observe une perte de poids rapide, et ce, principalement causée par une perte d’eau qui elle est entrainée par la baisse des réserves de glycogène (c.-à-d. la forme d’entreposage des glucides dans le muscle et le foie). À plus long terme, la perte de poids sera principalement due à une diminution de l’apport calorique causée par une diminution de la sensation de faim due à la présence de corps cétoniques. Il est évident que la perte de poids est également due à l’élimination des aliments sucrés dans l’alimentation.

La diète cétogène : Quels sont ses effets?

Bien que la diète cétogène permette une perte de poids chez les individus, la littérature démontre qu’à long terme (p. ex., 2 ans), cette diète ne serait pas supérieure à une diète standard caractérisée par un faible apport en gras. À court terme, cette diète a plusieurs effets indésirables: nausées, vomissements et des symptômes qui s’apparentent à la grippe dont la durée varie beaucoup d’un individu à l’autre. À moyen terme, on observe de la constipation, un manque d’énergie, et des carences en certaines vitamines et minéraux, etc. Certaines études démontrent que diète cétogène pourrait améliorer le contrôle de la glycémie chez les individus ayant le diabète de type 2, alors que son impact sur le profil lipidique reste incertain. En effet, malgré une augmentation du « bon » cholestérol (HDL) et une diminution des gras dans le sang (triglycérides), elle augmente aussi le « mauvais » cholestérol (LDL). On ne connait pas les effets de la diète cétogène sur le risque de maladie cardiovasculaire à long terme, mais étant donné son effet sur le profil lipidique, on peut penser que cette diète n’est pas favorable pour la santé cardiovasculaire. De plus, bien que certaines études, relèvent des effets bénéfiques sur certains marqueurs inflammatoires (p. ex., IL-6, adiponectine) et hormones tels que l’hormone de croissance, le peu d’études effectuées ont été faites chez l’animal et ne permettent pas de conclure quoi que soit sur ces aspects. Les effets de cette diète sur l’humeur et la concentration sont également peu évalués en recherche. Pourtant, un retrait de la quasi-totalité des glucides de l’alimentation est susceptible d’influencer l’humeur et la concentration puisque les glucides représentent la source d’énergie privilégiée par le cerveau. Enfin, l’adhésion à cette diète au-delà de six mois semble difficile chez plusieurs personnes puisqu’un bon nombre d’aliments sont retirés de l’alimentation ou encore à cause des effets secondaires ressentis comme la constipation.

Et le jeûne intermittent : Est-ce une meilleure solution?

En ce qui a trait au jeûne intermittent, il en existe trois types où chacun peut être suivi de façon différente. Le premier est l’alimentation restreinte dans la journée où, sur une période de 24 heures, l’alimentation sera permise pendant une durée de 4 à 8 heures et le reste du temps sera une période de jeûne. Le second type est le jeûne alternatif, qui alterne les jours d’alimentation normale avec les jours de jeûne strict. Le troisième se nomme la restriction calorique alternative où il est possible de s’alimenter tous les jours. Il y aura toutefois une alternance entre les jours d’alimentation normale et ceux d’alimentation très restreinte en calories au cours desquels un apport de seulement 500 kcal peut être consommé. Les études recensées sont difficilement comparables entre elles, mais il est possible de constater que la perte de poids liée au jeûne intermittent serait comparable à celle d’une restriction calorique continue. Les effets sur le contrôle de la glycémie et du profil lipidique sont assez variables d’une étude à l’autre. Une augmentation de la sensation de faim a été rapportée dans tous les types de jeûne intermittent. Enfin, il peut aussi être très difficile de jumeler mode de vie actif et jeûne. Effectivement, la pratique d’activités physiques ou les soupers en famille sont quasi impossibles lors des jours de jeûne. La concentration au travail peut être aussi affectée. Bref, tout comme pour la diète cétogène, il y a un manque d’études à long terme sur les effets du jeûne intermittent sur la santé globale et le mode de vie.

Conclusion

Les résultats de cette recherche démontrent qu’il y a un manque de preuves convaincantes afin de pouvoir recommander ces diètes de manière générale à la population. Chose certaine, ces diètes ne sont pas supérieures à d’autres concernant la perte de poids et sont peu compatibles avec les recommandations alimentaires favorisant la santé comme une consommation élevée de légumes et fruits et de grains entiers. Encore récemment, une étude publiée dans un journal scientifique prestigieux (Global Disease Burden, Lancet 2019) indique que plus de la moitié des décès liés à l’alimentation sont attribuables à une surconsommation de sodium et à un faible apport en fruits et produits à grains entiers. Ces types d’alimentation pourraient toutefois convenir à certains groupes d’individus (par ex. diète cétogène chez les individus avec épilepsie), mais pour d’autres raisons que le contrôle du poids (p. ex., pour le contrôle des épisodes épileptiques). Ces diètes ne sont surtout pas recommandées chez les sportifs d’endurance, les enfants ou les adolescents, les personnes âgées ainsi que les femmes enceintes ou allaitantes. Ce sont des conditions où les risques de carences nutritionnelles sont plus élevés étant donné que les besoins en énergie et/ou nutriments sont augmentés. Finalement, si vous souhaitez expérimenter ces modes d’alimentations pour des raisons personnelles, avant de débuter il est important de consulter un professionnel en nutrition (c.-à-d., un ou une nutritionniste) qui pourra vous aider à identifier si vous êtes un bon candidat pour l’un de ces types d’alimentation et surtout pour vous aider à atteindre vos besoins nutritionnels et minimiser les effets indésirables.

Remerciements : Nous remercions Raphaëlle Jacob, Dt.P., Ph.D. (candidate) et Isabelle Frappier, Dt.P. M.Sc. candidate) pour leurs commentaires et suggestions sur le texte.

 

Par : Marie-Pier St-Onge, stagiaire en nutrition

Sous la supervision de Mme Vicky Drapeau Ph.D, Dt.P

Références
Général

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