Blessures et pharmacothérapie: principes de base pour un bon usage

JACINTHE BERNIER

Étudiante en physiothérapie

Vous vous êtes blessés à la cuisse suite à une accélération lors de votre dernier entraînement de course ? Votre genou vous fait souffrir depuis quelques temps suite à un changement de direction rapide au badminton ? Votre premier réflexe a probablement été de prendre quelques jours de repos, de mettre de la glace ou de prendre quelques comprimés d’Advil, Tylenol ou d’appliquer du Voltaren. Cependant, connaissez-vous vraiment l’impact de ces médicaments sur votre guérison? Y a-t-il de réels bienfaits à les consommer ou nuisent-ils plutôt à un retour au sport en santé ? C’est ce qui sera ici démystifiée, pour vous permettre d’utiliser judicieusement ces produits et de mieux comprendre les différents effets de la médication analgésique et anti-inflammatoire.

Le processus de guérison

Tout d’abord, pour bien comprendre comment agissent ces médicaments, il est primordial de parler du processus de guérison s’enclenchant suite à une blessure. Ce dernier est divisé en 3 phases. La première phase, dite « inflammatoire » ou « aigüe », est d’une durée entre 48 et 72 heures et se caractérise par l’arrivée de cellules inflammatoires qui favorisent le nettoyage des débris au site de lésion et forme un premier tissu cicatriciel temporaire. C’est à ce stade qu’apparaissent les symptômes comme la rougeur, la chaleur, la douleur et le gonflement. Par la suite, c’est la phase de réparation qui s’installe et celle-ci a une durée pouvant aller de 2 à 7 jours, selon la gravité de la blessure. C’est à cette étape que les cellules fabriquent le collagène, permettant ainsi d’initier la réparation plus permanente du tissu. Les activités peuvent être reprises progressivement en fonction des recommandations de votre professionnel de la santé. Finalement, la phase de remodelage est un moment crucial de la guérison puisque c’est dans cette phase que la cicatrice se restructure pour former un nouveau tissu fonctionnel. Pour permettre ce processus, il est donc important d’appliquer un stress sur la structure, tel des exercices de réadaptation et la reprise plus intense des activités physiques pratiquées auparavant. Cette phase peut être très longue, pouvant s’étendre jusqu’à 1 an après le traumatisme initial. Toutefois, sachez qu’il est possible de pratiquer vos activités physiques à pleine intensité, même si votre corps finalise la réparation du tissu.

Advil, Naproxen, Voltaren, Tylenol… quelle est la différence?

Il existe principalement deux types de médication fréquemment utilisés dans la gestion de la douleur et des symptômes inflammatoires suite à une blessure traumatique, soit les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et les analgésiques.

Les premiers, les AINS, sont souvent mieux connus sous le nom d’Advil, Ibuprofène, Motrin, Naproxen ou Voltaren. Ces derniers s’appliquent sous forme topique, c’est-à-dire au site même de la blessure sous forme de crème, et les autres sont des comprimés pris sous forme orale. Ce type de médication empêche la fabrication des prostaglandines, substances amenant les symptômes de chaleur, rougeur et gonflement, et de prostacycline, responsable entre autres de la douleur.

En ce qui concerne la médication analgésique, connue sous le nom de Tylenol ou acétaminophène, celle-ci empêche seulement la formation de la prostacycline permettant ainsi de diminuer principalement les sensations douloureuses.

AINS ou analgésiques : quel choix faire ?

Bien que les AINS semblent plus efficaces à première vue, de nombreuses études ont démontré que l’utilisation à long terme de ce type de médication peut nuire à la réparation adéquate du tissu. De plus, comme les effets de cette médication peuvent vous donner l’impression que votre blessure semble guérie, la reprise précoce de vos activités peut avoir des impacts importants à long terme sur la cicatrisation du tissu, qui sera de moins bonne qualité.

À la lumière de ces informations et en lien avec ce qui est rapporté dans la littérature scientifique, il serait recommandé de limiter l’utilisation des AINS en phase aigüe, à moins d’avis contraire de votre médecin ou pharmacien. La période d’usage devrait être brève et rapide, soit entre 3 et 7 jours maximum. Il est donc préférable de favoriser l’utilisation de la médication analgésique (Ex. : acétaminophène)  lorsque la douleur devient incommodante et de limiter l’impact des autres symptômes en utilisant des moyens non pharmacologiques, tels un bandage compressif, l’application de glace et l’élévation du membre blessé.

En cas d’hésitation ou de questionnements, n’hésitez pas à consulter votre pharmacien, qui saura vous offrir une aide importante pour l’utilisation judicieuse et prudente de tous médicaments ou de questionner votre professionnel de la santé (kinésiologue, médecin, physiothérapeute) pour guider le retour au jeu sécuritaire.

 

Jacinthe Bernier, stg Pht

Michael Morin, Pht, M.Sc., B.Sc., UASD, SPC, FCAMPT

 

Références :

  1. Frémont, Pierre. (Automne 2016). Thème 13 : Introduction aux principes généraux de traitement des lésions musculosquelettiques. Notes de cours. [PDF]. PHT-1000 : Système musculosquelettique: du laboratoire à la clinique, Université Laval.
  2. Ziltener, J.-L., Leal, S. & Fournier, P.-E. (2010). Non-steroidal anti-inflammatory drugs for athlete: An update. Annals of Physical and Rehabilitation Medicine, 53, 278-288.
  3. Gladson, B. (2011). Pharmacology for Rehabilitation Professionals (2nd edition), St.Louis, Mo: Elsevier Saunders.

 

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