Protéine TAU dans la gestion des commotions cérébrales: un outil prometteur ?

GABRIEL

Étudiants en physiothérapie

Chaque année aux États-Unis, on recense lors d’activités sportives entre 1,6 et 3,8 millions de commotions cérébrales (1). Ces chiffres sont d’autant plus inquiétants considérant le fait qu’il n’existe pas réellement de test objectif permettant l’identification et la gestion des commotions. Cependant, les récentes avancées technologiques ont motivé plusieurs chercheurs du domaine de la médecine du sport à tenter de développer des outils permettant d’objectiver le diagnostic de cette mystérieuse blessure. Ainsi, un test fait grandement parler dans l’industrie de la commotion cérébrale ces derniers temps, soit l’analyse sanguine de la concentration de protéine Tau. Voici donc une brève analyse de cet outil.

D’abord, la protéine TAU (Tubule-Associated Unit) se localise dans les neurones du système nerveux central et a comme fonction le maintien et la stabilité des microtubules qui forment le squelette axonal du cerveau. Elle interagit avec la tubuline afin de permettre la stabilisation et la flexibilité des microtubules. Lorsqu’elle est pathologique, comme dans le cas des maladies neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer ou lors de commotions cérébrales, la protéine Tau n’assure plus sa fonction. On remarque alors la présence d’agrégats de protéine Tau, ce qui entraine ultimement la mort du neurone.

Le niveau de concentration de la protéine TAU dans le sang permettrait d’établir un diagnostic de commotion cérébrale, en plus d’établir un suivi pour un éventuel retour au jeu, et ce, via une mesure scientifique et objective. La majeure partie des études actuelles font un lien entre la protéine TAU et l’encéphalopathie traumatique chronique ou la maladie d’Alzheimer (2). À ce jour, peu d’études se sont intéressées directement au lien entre la concentration de protéines Tau dans le sérum et les commotions cérébrales.

Après avoir suivi plus de deux cents joueurs de hockey professionnels, Shahim et collaborateurs (3) ont découvert que la concentration sanguine de protéine TAU était significativement plus élevée chez les 28 joueurs qui venaient de subir une commotion comparativement au niveau de base mesuré sur 47 athlètes en pré-saison. De plus, ces données suggèrent que la concentration sanguine en protéine Tau à 1h et à 12h post-trauma seraient discriminantes afin d’établir un pronostic pour un retour au jeu. En d’autres mots, cela voudrait dire qu’une simple prise de sang 1h après le traumatisme pourrait permettre de diagnostiquer la commotion cérébrale, mais également de prédire si le nombre de jours nécessaires avant qu’il puisse effectuer un retour au jeu sera de plus ou moins élevé que 10 jours. Similairement, Gill et collaborateurs (4) ont dirigé une étude sur le même sujet sur des athlètes collégiaux en sport de contact dans la NCAA. Les chercheurs sont arrivés à la conclusion que les athlètes revenant rapidement au jeu à la suite d’une commotion cérébrale avaient une plus faible concentration en protéine TAU à 6h, 24h et 72h post-traumas comparativement aux athlètes revenant tardivement au jeu. De plus, ces mêmes chercheurs ont fait des analyses caractéristiques montrant qu’une concentration plus élevée de protéine TAU 6h post-traumas permettait également de prédire un retour au jeu de plus de 10 jours. Ces études suggèrent ainsi que le niveau sanguin de protéine TAU pourrait aider les professionnels à prédire le retour au jeu d’un athlète.

Cette nouvelle approche servirait ainsi à objectiver le diagnostic et le pronostic, ce qui permettrait aux intervenants d’adapter le plan de traitement en conséquence et ainsi être plus efficaces et sécuritaires dans les recommandations de retour au jeu. Malgré ces résultats prometteurs, plus d’études sont nécessaires pour pouvoir conclure sur l’efficacité et la pertinence réelle de cette approche dans l’identification et la gestion des commotions cérébrales. Le nombre restreint de sujets participants dans ces études demeure un problème important qui vient limiter l’interprétation des résultats. Il reste encore plusieurs étapes à franchir avant que cette méthode soit validée et identifiée comme étant suffisamment fiable pour être utilisée en pratique. Chose certaine, ces résultats encourageants nous rapproche de plus en plus de la découverte d’une technique adéquate et objective afin de diagnostiquer et gérer ce fléau sportif des temps modernes.

Écrit par: Dominic Lampron, Joseph Maltais, Gabriel Perreault et Julien Lessard, Étudiants en Physiothérapie

Références:
1. Thompson, J. & Hagedorn, D. (2012) Multimodal analysis: New approaches to the concussion conundrum. Journal of Clinical Sport Psychology, 5(22-46).
2. Edward, G. & al. (2017) Amyloid-beta and tau pathology following repetitive mild traumatic brain injury. Biochemical and Biophysical Research Communications. Pages 979-1194, 19 February 2017.
3. Shahim, P. et al. (2016) Serum Tau Fragments Predict Return to Play in Concussed Professional Ice Hockey Players. Journal of Neurotrauma, 2016 Nov 15.
4. Gill J. et al. (2017) Acute plasma tau relates to prolonged return to play after concussion. The Official Journal of the American Academy of Neurology, 2017 Feb 07.

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