La spécialisation hâtive vs la diversification chez les jeunes ?

Étudiant à la maîtrise en étude du mouvement humain

Le niveau de compétition atteint des sommets chez les jeunes qui pratiquent des activités sportives, ce qui provoque l’augmentation du nombre de compétitions en bas âge, la spécialisation de l’entraînement et l’orientation des jeunes athlètes vers un seul sport (2). Les saisons de compétition sont de plus en plus longues et les parents sont sollicités de toutes parts afin qu’ils inscrivent leurs enfants dans des équipes toute l’année. Bien qu’il y ait un nombre grandissant de jeunes qui pratiquent des activités sportives, il semble que la pratique multisport est chose du passé (4). Cela nous amène à nous poser la question suivante : devrait-t-on favoriser la spécialisation hâtive ou la diversification chez les jeunes athlètes?

Les arguments des adeptes de la spécialisation hâtive reposent sur l’acquisition du plus d’expérience possible dans le sport afin d’avoir un meilleur développement des qualités spécifiques à l’activité en question. Cela provient principalement de la règle des 10 ans ou des 10000 heures qui a été établie dans les années 1990 auprès de jeunes violonistes. Selon le groupe de psychologues allemands qui a fait cette étude, il faudrait 10000 heures de pratique à un violoniste pour devenir un expert. Lorsque cette théorie est directement appliquée aux sportifs, cela signifie qu’ils devraient commencer en bas âge et s’entraîner le plus souvent et le plus longtemps possible afin de développer les habiletés spécifiques au sport dans lequel ils veulent performer. Cependant, il est important de mentionner qu’aucune étude n’a analysé l’application de cette règle chez des jeunes athlètes. Afin de s’assurer qu’un enfant est prêt à intégrer une pratique structurée, certaines composantes fondamentales du développement devraient être considérées. Par exemple, le développement d’habiletés motrices comme courir, lancer, botter, sauter devrait constituer la base d’une pratique sportive équilibrée. Si un enfant ne possède pas ces stades de développement moteurs essentiels et qu’il tente une spécialisation hâtive dans un sport, l’expérience pourrait ne pas s’avérer aussi positive que prévue. Ceci étant dit, l’entraînement des habiletés motrices spécifiques nécessaires à la performance dans un sport en particulier pourrait limiter le développement et la transférabilité d’autres habiletés motrices acquises dans d’autres sports (3-5).

Un autre facteur clé à prendre en considération est la croissance des jeunes athlètes qui est toujours en cours. Les changements constants au niveau du poids, de la grandeur et de la composition corporelle peuvent ajouter un stress supplémentaire aux articulations et autres tissus. D’ailleurs, les jeunes qui se spécialisent tôt dans un seul sport sont plus propices à subir des blessures de surutilisation, spécialement lorsque l’intensité et le volume d’entraînement augmente (2-4).

Dernièrement, la spécialisation hâtive semble aussi être problématique mentalement. La dépression chez les athlètes peut être un effet non-souhaité de la spécialisation hâtive. Cette dépression peut aller jusqu’à causer un désintérêt ou encore un arrêt complet du sport qui était auparavant agréable pour l’athlète.

La diversification sportive
La diversification sportive consiste à l’exposition des enfants à une multitude de sports avec comme objectif le plaisir plutôt que la pratique. Cette théorie est basée sur le fait que la participation à plusieurs activités favorise le développement des habiletés physiques et cognitives fondamentales, car elles s’entrecroisent dans différents environnements. L’acquisition d’habiletés fondamentales pourrait avoir lieu dans un processus de spécialisation sportive, mais il dépendra grandement de la spécificité du sport pratiqué. L’habileté d’un joueur à comprendre le jeu ou à anticiper le mouvement d’un adversaire à partir des bons indices visuels sera meilleure si le joueur a été exposé à plusieurs sports qui présentent différentes configurations de jeu (3-5). Voici quelques faits additionnels sur la diversification sportive chez les jeunes :

  1. N’empêche pas la participation à des sports pour lesquels le sommet de performance apparaît tardivement.
  2. Est relié à des carrières sportives plus longues.
  3. Est associé à un développement positif des jeunes sportifs.
  4. Augmente la motivation intrinsèque en amenant plus de plaisir.
  5. Diversifie le spectre d’expériences motrices et cognitives.
  6. Les enfants devraient pouvoir choisir s’ils désirent se spécialiser dans un sport ou continuer à le pratiquer de façon récréative.
  7. Après avoir pratiqué plusieurs sports différents, les adolescents possèdent un développement physique, cognitif, émotionnel, social et des habiletés suffisantes pour connaître du succès dans une spécialisation dans leur sport de prédilection.

En terminant, il existe de nombreux exemples d’athlètes professionnels qui ont illustré les bénéfices de la diversification sportive. Des athlètes tels que Tom Brady (NFL), Dan Marino (NFL), Tom Glavine (MLB), Michael Jordan (NBA) et Matt Moulson (LNH) ne sont que quelques exemples d’athlètes qui ont joué ou qui ont été repêchés dans plus d’un sport professionnel. On sait d’ores et déjà que l’implication sportive en jeune âge permet le développement des habiletés motrices générales comme la coordination œil-main, sauter, lancer, bondir, se balancer et courir. Pour sa part, la diversification amène des stimuli différents d’un sport à l’autre ce qui permet aux jeunes de développer une multitude d’habiletés motrices qui peuvent se chevaucher et être utile pour performer dans son sport de prédilection. En effet, c’est seulement suite au développement complet des sphères mentale, physique et sociale que la spécialisation devrait être considérée. Cependant, il y a certains sports qui font exception à cette prémisse dont la gymnastique et le patinage artistique car l’apogée pour ces sports arrive beaucoup plus tôt. De ce fait, l’acquisition et la maîtrise de certains mouvements très complexes doivent se faire avant la poussée de croissance. Somme toute, la méthode la plus efficace est de laisser l’enfant choisir les sports qui le passionne, de l’amener à découvrir plus d’un sport et de l’encourager et le supporter dans le processus. De cette façon, les jeunes ont beaucoup moins de chance d’être en épuisement, en sur-entraînement ou de développer des blessures de sur-usage, ce qui les amènera a devenir meilleur dans leur sport, mais surtout de meilleurs athlètes en général.

Tom Brady (NFL) – Repéché en 18ième ronde en 1995 par les Expos de Montréal dans la MLB.
Dan Marino (NFL) – Repéché en 4ieme ronde en 1979 par les Royals de Kansas City dans la MLB.
Tom Glavine (MLB) – Repéché en 4ième rondre en 1984 par les Kings de Los Angels dans la NHL.
***Il avait devancé Brett Hull et Luc Robitaille, tous deux intronisés au temple de la renommé du hockey en 2009.
Michael Jordan – A joué dans la classe AA pour les White Sox de Chicago après sa retraite de la NBA.
Matt Moulson – Repéché en 4ième ronde en 2003 par les Knighthawks de Rochester dans la «National Lacrosse League».

Écrit par Yannick Laflamme, étudiant à la maîtrise en étude du mouvement humain
Traduit par Léandre Gagné Lemieux, M.Sc. kinésiologie

Références:
1) Côté, J., Lidor, R., & Hackfort, D. (2009). To Sample or to Specialize? Seven Postulates About Youth Sport Activities that Leads to Continued Participation and Elite Performance. International Journal of Sport and Exercise Psychology. 9:7-17.
2) Difiori, J., Benjamin, H., Brenner, J., Gregory, A., Jayanthi, N., Landry, G., & Luke, A (2014). Overuse injuries and burnout in youth sports: A position statement from the American Medical Society for Sports Medicine. Clinical Journal of Sports Medicine. 24(1):3-20.
3) Hensch, L (2006). Specialization or diversification in youth sport? Strategies: A Journal for Physical and Sport Educators. 19(5):21-27.
4) Johnson, J (2008). Overuse injuries in young athletes: Cause and prevention. Strength and Conditioning Journal. 30(2): 27-31.
5) Oliver, J., Lloyd, R., & Meyers, R (2011). Training elite child athletes: Promoting welfare and well-being. Strength and Conditioning Journal. 33(4): 73-79.

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