Les entorses de cheville chez les  hockeyeurs: est-ce possible malgré le port du patin ?

Physiothérapeute

 

L’entorse de cheville n’est pas la blessure à laquelle on pense en premier lorsqu’on parle des blessures potentielles au hockey. Il est vrai que l’entorse latérale classique vue entres autres au basketball et au soccer est peu fréquente au hockey surtout en raison du patin. Toutefois, l’entorse tibio-fibulaire distale (TFD) aussi appelée l’entorse haute, de la mortaise ou syndesmotique est très commune au hockey. Dans une étude réalisée en 2004 chez les joueurs professionnels des Blues de St-Louis et des Stars de Dallas, on recensait lors de la saison 5 entorses latérales de cheville pour 14 entorses TFD (1). Ce type d’entorse touche le ligament reliant les 2 os de la jambe soit le tibia et la fibula situé à la face avant et latérale de la cheville.

Mécanisme de blessure

L’entorse TFD se produit habituellement lorsque la cheville fait une rotation externe forcée (2). Plusieurs mécanismes peuvent expliquer un tel mouvement :
• L’athlète pivote vers l’intérieur, mais le pied reste planté au sol
• Un contact avec un autre joueur cause un mouvement vers l’intérieur du genou pendant que le pied reste planté au sol
• Une chute sur la jambe avec le pied coincé en rotation externe vers le sol

 

Au hockey, le patin constitue un facteur de risque pour ce type de lésion étant donné le peu de mouvement permis par le patin pour amortir le choc et le haut risque de collision associé avec le sport.

Évaluation

Parmi les signes et symptômes de l’entorse TFD, on retrouve:
• Une incapacité ou grande difficulté à mettre du poids sur la cheville atteinte
• Une augmentation de douleur dans les mouvements de la cheville mais surtout en flexion dorsale (ramener le pied vers soi)
• Une douleur à la palpation du ligament tibio-fibulaire antérieur
• Un niveau d’enflure variable selon la gravité des lésions associées comme une fracture ou une atteinte d’un ligament à proximité

 

Les tests pouvant vérifier l’hypothèse d’une telle entorse sont multiples, mais ne sont pas très fiables. Le test de Kleiger, soit un mouvement passif de flexion dorsale et de rotation externe de la cheville en stabilisant la partie distale du tibia et de la fibula, est fréquemment utilisé pour orienter le diagnostique. Des tests fonctionnels comme la marche, des sauts, l’essai d’un taping stabilisant la région TFD lors des mouvements actifs de la cheville en plus du mécanisme de blessure sont d’autres outils pouvant servir à compléter les informations pour déterminer l’atteinte ou non du ligament TFD.

Traitement (2)

1. Phase aigüe
Cette phase consiste à protéger la cheville, minimiser la douleur, l’inflammation, l’atrophie musculaire et la perte de mobilité. Un taping compressif, des exercices de mobilité, du renforcement très doux ainsi que la glace sont des outils utilisés dans cette phase. Les béquilles sont souvent utilisées pour une période de 2 semaines sans mettre le pied au sol pour s’assurer que la bonne guérison du ligament. Lorsque le joueur est capable de mettre son poids sans douleur sur sa cheville sans béquilles, il passe à la phase suivante.

 

2. Phase subaigue
Cette phase consiste à normaliser la mobilité, la force et la fonction générale du joueur. Des exercices de mobilité et de renforcement plus avancés, de proprioception/équilibre sont donnés et doivent être exécutés sans douleur. La piscine et d’autres activités de transfert peuvent être utiles pour augmenter les capacités cardiovasculaires. Lorsque le joueur peut jogger et faire des sauts sans douleur, il progresse vers la phase suivante.

 

3. Phase avancée
Cette phase consiste à préparer le retour au sport. Des exercices d’agilité lents vers rapides, de pliométrie et spécifiques au sport, effectués sur différentes surfaces devraient être ajoutés avant le retour au sport. Celui-ci pourra être fait lorsque le joueur peut faire ses mouvements spécifiques au sport avec un bon contrôle, avec peu ou pas de douleur et de sensation d’instabilité.

 

La durée de réadaptation des entorses TFD est plus longue que celle des entorses latérales. En effet, on parle en moyenne de 6 à 8 semaines pour l’entorse TFD versus une moyenne de 3 à 4 semaines pour les entorses latérales (1). Ce point important amène donc la question suivante : comment prévenir les entorses à la cheville ? Une étude intéressante faite par McGuine TA et collaborateurs montre que l’entrainement en équilibre pourrait avoir un effet bénéfique sur l’incidence des entorses (3).

 

Même si les lignes directrices présentées plus haut sont habituellement utilisées pour le traitement des entorses TFD, celui-ci devrait être adapté à l’individu en fonction de ses objectifs, de la présentation clinique de sa condition et de ses capacités physiques. Un professionnel de la santé est essentiel pour faire le suivi de la blessure afin de s’assurer de la bonne progression de l’athlète au travers des différentes phases de réadaptation.

 

Écrit par Ève Poisson, M.Physiothérapie

 

 Références:

(1) Wright RW, Barile RJ, Surprenant DA, Matava MJ. Ankle syndesmosis sprains in national hockey league players. Am J Sports Med. 2004 :32(8) :1941-1945.
(2) Williams GN, Allen EJ. Rehabilitation of syndesmotic (high) ankle sprains. Sage Journals. 2010 :2(6) :460-470.
(3) McGuine TA, Greene JJ, Joe J, Thomas G, Leverson G. Balance As a Predictor of Ankle Injuries in High School Basketball Players. Clin Jour Sports Med. 2000 :10(4) :239-244.

 

 

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